
Etre candidat à l’élection présidentielle américaine, c’est d’abord remplir certains critères : être citoyen américain, avoir résidé aux Etats-unis pendant au moins 14 ans, être âgé de plus de 35 ans et ne pas postuler pour un troisième mandat. Le nombre de mandat est limité à deux, conformément au vœu du père fondateur et premier président des Etats-unis, George Washington. Cette limitation, toujours respectée, a été constitutionnalisée en 1947 par l’Amendement 22, après la mort du président Franklin D. Roosevelt au cours de son quatrième mandat. Le candidat se présente sous la bannière d’un parti politique ou est indépendant. La scène politique américaine est bipolarisée par les partis Démocrate et Républicain (symbolisés respectivement par l’âne et l’éléphant). Les candidats indépendants qui passent souvent inaperçus, n’attirent presque pas l’attention des médiats et ont des chances très faibles de gagner. Les indépendants sont handicapés par le coût financier élevé de la campagne électorale qui nécessite d’énormes budgets publicitaires.
Etre investi par les Républicains ou les Démocrates n’est pas chose aisée. Il y a d’abord l’étape des élections primaires. C’est une éprouvante élection au sein du parti, qui a lieu dans chaque Etat, entre deux ou plusieurs candidats à la candidature à la présidence des Etats-unis. Les moins chanceux (manque de ressources financières ou soutien insuffisant de délégués) abandonnent la course en cours de route.
A l’issue des primaires, le vainqueur sera le candidat du parti à la Maison-Blanche. L’autre mode de sélection du candidat, à côté des primaires, c’est le Caucus. C’est une réunion interne au parti et aboutissant, après discussions, à la désignation du candidat que les délégués soutiendront. Le système américain est aussi célèbre pour ses médiatisés « Super Tuesday » (Super mardi). Plusieurs Etats organisent le même mardi de février leurs primaires et des Caucus.
Le candidat final issu des primaires ou d’un Caucus reçoit l’onction de son parti au cours d’une Convention nationale. C’est une grande messe politique très médiatisée qui valide le « ticket » formé du candidat à la présidence et son colistier qui sera vice-président en cas de victoire finale. Parfois, ce colistier peut être le candidat arrivé second ou une autre personne. Le candidat tient souvent compte de plusieurs critères dans le choix de son colistier afin de chercher un équilibre et une complémentarité dans le ticket. Le colistier ne doit pas résider dans le même Etat que le candidat à la présidence. De candidat à la candidature, le vainqueur au sein du parti passe à l’étape finale : convaincre ses compatriotes à l’élire président. L’élection a lieu le mardi suivant le premier lundi de novembre, tous les quatre ans. Cette année, ce sera le 4 novembre prochain. Ce choix est un héritage du 18e siècle, il coïncidait à l’époque avec la fin des moissons. Les modes de vote ont été enrichis par la loi Help America vote act (Hava) promulguée en 2002. Elle autorise le vote par système électronique, l’anticipation et le vote par correspondance.
Les grands électeurs
Le vainqueur à l’élection est déclaré après un processus assez complexe. N’est pas toujours président le candidat qui a engrangé le plus grand nombre de bulletins de vote. Sinon, le Démocrate Al Gore serait président en 2000 à la place de l’actuel président sortant George Bush. Cette bizarrerie sous d’autres cieux est l’une des critiques du système électoral américain. En 2000, Gore devançait au niveau national Bush-fils de 550.000 voix. Ce dernier atterrit à la Maison-Blanche pour avoir remporté la Floride. Comment ? Par le système des grands électeurs.
Les pères fondateurs des Etats-unis se préoccupaient beaucoup de l’équilibre entre les 13 Etats originels. Ils instituèrent le collège des grands électeurs il y a deux siècles, qui élit officiellement le président. Chaque Etat dispose d’au moins trois grands électeurs. Leur nombre est proportionnel à la taille démographique d’un Etat (la Californie, Etat le plus peuplé, en a 55). Ces grands électeurs respectent très souvent le résultat du vote populaire et conforment en principe leur position à ce choix. De manière simple, les citoyens votent pour leurs grands électeurs et ceux-ci élisent à leur tour le président en respectant la volonté de leurs mandants. Le système électoral consiste soit à donner toutes les voix des grands électeurs au vainqueur dans un Etat, c’est le « winner takes all » (le gagnant prend tout). Soit à faire une représentation proportionnelle des grands électeurs. C’est le cas dans les Etats du Maine et du Nebraska. Avec ce système de collège des grands électeurs, un candidat peut devenir président sans obligatoirement gagner le plus de voix au vote populaire, comme ce fut le cas en 2000. D’où l’importance de ce que l’on appelle les Etats-clé (« Key states », les plus peuplés) comme la Floride, la Californie, New York, l’Illinois, le Texas, dans la course à la Maison-Blanche.
D’habitude, si un candidat rafle ces cinq Etats importants, il a de fortes chances de devenir président. Leurs positions géographiques, leur diversité ethnique et sociologique font qu’elles permettent, en théorie, de prévoir l’issue du scrutin dans le reste du pays. S’il y a égalité parfaite dans le vote des grands électeurs, la Chambre des représentants élit le président et le Sénat désigne le vice-président. En 1800, Thomas Jefferson, troisième président des Etats-unis, fut élu de la sorte.
Le président, une fois élu en novembre, entre en fonction seulement le 20 janvier de l’année suivante. Ainsi, l’ancienne administration a tout le temps d’assurer la transition avec la nouvelle équipe à venir. Le 20 janvier, le nouveau président prête serment et fait son discours d’investiture (inaugural address) traçant les grandes lignes de son mandat.
Malick CISS
Le Soleil
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