Nous avons tous en tête une famille de rêve. Différente pour chacun, elle tourne toujours autour de quatre fantasmes : cohabitation harmonieuse, communication fluide, autorité naturelle et épanouissement personnel. Viser l’idéal est pourtant préjudiciable, pour les parents comme pour les enfants. Comment s’en affranchir ?
Soyons clairs, plus personne ne croit à la famille parfaite ! Mais nous n’avons pas pour autant renoncé à la famille idéale, celle de nos rêves, exact contraire de celle de notre enfance, ou celle que nous nous sommes bricolée au fil du temps. Elle flotte quelque part, entre inconscient et conscient, parée de vertus généreuses (confiance, solidarité, tolérance) ou hédonistes (bien-être, convivialité, gaieté).
Chacun la modèle selon son vécu et tente de la faire vivre selon ses ambitions. « Toutes les familles ont leur vision de l’idéal, mais aussi de la norme, estime Robert Neuburger(1), psychiatre et thérapeute familial. Et c’est l’écart entre les deux qui fait la spécificité de chacune. L’idéal est nécessaire, c’est un moteur, ce qui fait avancer dans la vie. Mais les difficultés surviennent lorsqu’il est trop élevé et trop exigeant. » Or, aujourd’hui, l’exigence va crescendo. La famille est surinvestie, « elle est devenue le lieu ultime du bonheur, constate le psychiatre et thérapeute de couple Serge Hefez.Tandis que le dehors semble toujours plus menaçant, elle apparaît comme le dernier refuge. C’est pourquoi on la voudrait uniquement chaleureuse, pacifique et, surtout, sans faille ! »
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Selon la pédopsychiatre Anne-Catherine Pernot-Masson (3), beaucoup de parents seraient également très influencés par l’idéal contemporain basé sur le culte de l’individualisme, de la jouissance et de la performance. Idéal qui, sous ses dehors décontractés, est extrêmement tyrannique. Ce n’est pas un hasard si les spécialistes accueillent en consultation des parents qui se sentent dépassés, incompétents autant qu’amers.
D’où la nécessité d’identifier les croyances et fantasmes qui empêchent les enfants de se construire et les parents de faire le travail qui est le leur, sans culpabilité excessive ni doutes dévorants.
Anne-Catherine Pernot-Masson, auteur de Faire son bilan
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