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Si la crise financière touche les émigrés sénégalais, le secteur des logements sera en difficulté Convertir en PDF Version imprimable Suggérer par mail
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30-10-2008
chantiermaison1.jpg “En général, selon que le dollar se déprécie ou s’apprécie par rapport à l’Euro, le profil de notre clientèle émigrée change en faveur de l’Europe ou des Etats-Unis, mais si la récession s’installe aux Etats-Unis et en Europe, il est clair que cela aura des conséquences négatives, à moyen terme, sur les transactions immobilières de notre portefeuille émigré”.

En tenant ces propos, M. Mamadou Karim Diop, un trentenaire sénégalais qui est un des administrateurs et directeur, depuis huit ans, de la Société d’aménagement et de gestion d’équipements fonciers (SAGEF), pense comme la plupart des dirigeants des sociétés immobilières sénégalaises. Tous craignent un ralentissement de la construction de logements si les émigrés sénégalais sont frappés par la crise dans leur pays d’accueil, car les flux des transferts d’argent risquent alors de fortement diminuer. «En effet, explique M. Diop, citant le dernier rapport de la BAD, 30% du milliard d’Euros transférés au Sénégal sont affectés au secteur de l’immobilier », notamment pour le remboursement du crédit, la construction, le paiement de loyers.

Si les migrants sénégalais en Espagne, en France, aux Etats-Unis et en Italie constituent une partie de la clientèle de la SAGEF, l’autre partie est constituée par des fonctionnaires et cadres moyens, notamment les enseignants. Cette société spécialisée dans l’habitat social, avec comme slogan « Une Famille, Un Toit » a pour objectif de faire baisser le prix du logement social à 8 millions FCFA à terme. Présentement au Sénégal, l’habitat social est défini comme un logement de moins de 25 millions, ce qui reste élevé pour un Sénégalais moyen.Cependant, M. Diop en appelle à des reformes en profondeur pour satisfaire le stock de 200.000 demandes de logements actuels dans le secteur de l’immobilier, auxquelles s’ajoutent 20.000 demandes chaque année. En effet, assure-t-il, le secteur de l’habitat social ne bénéficie pas de facilités de l’Etat comme la mise à disposition de terrain, une politique d’exonérations ou encore, comme au Maroc, « un guichet unique pour les sociétés immobilières avec représentation des banques, assurances, notaires, structures de l’Etat comme les Impôts et Domaines.» De telles réformes entraineraient ipso facto une baisse des prix car, dit M. Diop, « ces facilités seront répercutées sur le client qui, en ce qui nous concerne par exemple, pourrait avoir sa maison à 8 au lieu de 10 millions de FCFA.»

L’avenir semble cependant inquiéter quelque peu le directeur de la SAGEF, un diplômé de l’Université de Bentley à Boston/USA. « A terme, nous pensons que la crise financière internationale va affecter le Sénégal et nous nous préparons, en interne, pour y faire face en renforçant la qualité de nos informations financières et notre certification qualité », assure M. Diop. Pourtant, dit-il, «je crois que sans la crise, le secteur allait connaître un boom car les banques sénégalaises qui étaient très frileuses dans l’octroi de crédits immobiliers pour l’habitat social, sont en train de changer grâce à la concurrence née avec l’irruption dans le marché financier de nouvelles banques qui sont obligées d’avoir une politique hardie envers la clientèle pour gagner des parts de marchés. »

Cependant, même sans la crise financière internationale, M. Diop prévient que de toute façon, il y aura un crash dans l’immobilier de standing à Dakar « car la bulle spéculative née de la crise ivoirienne et de la spéculation des agences immobilières, va éclater ». En effet, les gens ont construit pendant la flambée de la demande, mais la plupart des chefs d’entreprises, cadres, etc., venus de Côte d’ivoire sont retournés dans ce pays ou sont rentrés en France et déjà l’offre du Grand Standing est devenue de loin supérieure à la demande.

Il regrette cependant que les sociétés intervenant dans le secteur de l’immobilier ne semblent pas prendre conscience de la crise car « aujourd’hui, nous aurions du avoir des concertations pour analyser la situation et prévoir des solutions ». Or, les signaux ne manquent pas puisque plusieurs grandes sociétés de construction sénégalaises connaissent déjà des tensions de trésorerie. D’ailleurs, « le secteur des Bâtiments et travaux publics (Btp), qui tirait l'économie sénégalaise, est entièrement sinistré à cause de la dette intérieure», a récemment indiqué M. Abdoul Mbaye, président de l'Association professionnelle des banques et établissements financiers (Apbef) du Sénégal, lors d’une conférence devant le Conseil national du patronat du Sénégal.  « Si en plus la crise internationale nous impacte, la situation va se dégrader », prévient M. Diop qui est aussi le Secrétaire Chargé des Relations avec les Institutions Financières de la Fédération des Promoteurs de l’Afrique de l’Ouest.
Par Mademba Ndiaye
Coordinateur de la Communication et de la Formation
world bank
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