
Origines d’un desaccord
M. Limam explique que, la publication de la publicité par Air France dans les journaux à la fin du mois de novembre 2008, est intervenue à l’issue de l’échec des négociations entre la compagnie aérienne et les voyagistes. Et l’avionneur français a voulu faire un passage en force pour imposer sa décision. Il demande que les gouvernements des pays d’Afrique interviennent pour arrêter les Français, car, «en cette période de crise internationale, Air France va tuer des emplois dans plusieurs pays africains, et sacrifier de nombreuses familles». Il explique l’origine du conflit entre sa fédération et les voyagistes.
«Dans le transport aérien, les agences de voyage sont mandataires des compagnies aériennes. Elles sont rémunérées en conséquence, sur la base d’un taux de 9% du chiffre d’affaires, hors taxes, réalisé. En 2001, la compagnie Air France a décidé de diminuer cette rémunération jusqu’à un taux de 7%. Cette même compagnie a envoyé, en septembre 2008, des correspondances aux autorités et aux agences de voyage de l’Afrique de l’Ouest et du Centre, affirmant qu’elle ne payera aux distributeurs que 1% de commission à compter du 1er Janvier 2009. Cette menace qui pèse sur les opérateurs africains dans le domaine du transport aérien est communément appelée «commission zéro».
Le service marketing de Air France rétorque que ce système de rémunération, qui consiste à afficher de manière séparée le prix du billet d’avions et les frais liés à sa distribution, a connu un grand succès dans le reste du monde, notamment aux Etats-Unis, où il est appliqué depuis 2002. D’autres pays l’ont également adopté, comme la France en 2005, la Grande Bretagne et la Scandinavie, en 2003, mais aussi, des pays comme l’Egypte, le Maroc, et l’Afrique du Sud. Le Kenya a été l’un des derniers pays à adopter ce système, l’année écoulée.
Elle explique par ailleurs, comme dans son insertion publicitaire, que «ce modèle de distribution permet une plus grande transparence budgétaire vis-à-vis des clients.» La même publicité expliquait notamment : «Des frais de services fixés par le distributeur (point de ventes Air France ou agence de voyages) seront facturés de façon dissociée du prix du billet d’avion. Ces frais de services correspondent à la valeur de la prestation de conseil pour la préparation du voyage, l’émission des titres de transport et autres services apportés aux clients. Le 1er février 2009, la somme finale payée par les clients (billet d’avion + frais de service), sur la base de la grille de frais de services d’Air France, sera identique à ce qu’elle était auparavant.» En d’autres termes, l’intégralité du montant du billet doit revenir à Air France. Les voyagistes, comme les agences de la compagnie aérienne, vont se payer sur les frais de service. La compagnie aérienne française a dans la foulée, déterminé et publié ses tarifs propres, qu’elle appliquera sur les billets vendus dans ses agences. Maintenant, les voyagistes seront libres d’appliquer leurs tarifs à eux, qui leur permettront d’être plus compétitifs par rapport aux agences de Air France.
Comparaison n’est pas raison
Il est indiqué en effet, que «les agences de voyages agréées du Sénégal, partenaires privilégiées d’Air France pour la distribution de ses produits et services, seront rémunérées en facturant à leurs clients des frais de services dont elles fixeront le montant librement», affirme-t-elle. Néanmoins, les voyagistes agréés qui auraient des difficultés pour s’en sortir, pourront bénéficier, c’est promis, «d’un plan d’accompagnement financier», qui entre en vigueur cette année 2009. Tout cela, en fin de compte, pour améliorer la qualité de service offert au client, indique la pub.
La Fisavet fait remarquer que même en Occident, ce système n’a pas eu un succès incontestable. En plus des emplois perdus rapportés plus haut, il y a que d’autres concurrents d’Air France ont fait machine arrière. Selon Limam Moulay Oumar, «British Airways, compagnon traditionnel d’Air France dans l’application du Nme, est en train de renoncer à ce système et commence à proposer, aux agences de voyage partenaires, un taux de commission de 10% sur les ventes réalisées». De l’autre côté, souligne le président de la fédération des voyagistes africains, «les agences d’Europe et d’Amérique ne vendent pas que de billets d’avion, mais plus souvent, un package. Celui-ci comprend, outre le titre de voyage, des bonus portant sur le séjour en hôtel et parfois, des loisirs comme des excursions ou autres». Il serait donc plus loisible à ces agences d’accepter ce mode de tarification, parce qu’elles peuvent gagner ailleurs ce qu’elles perdent sur le billet. Cela n’est pas le cas au Sénégal ou ailleurs en Afrique. Et pour montrer qu’il ne peut être établi de comparaison entre les continents, les voyagistes font remarquer que les prix d’Air France ne connaissent pas la même parité, au départ de Paris, pour se rendre en Afrique ou aux Etats-Unis par exemple.
Mort annoncee ?
A ce titre, le président de la Fisavet indique que son organisation a estimé à la moitié des agences des pays d’Afrique de l’Ouest et du centre, qui va à terme, fermer boutique. A plus longue échéance, c’est 90% des agences qui vont mettre la clef sous le paillasson, selon les calculs des voyagistes.
Limam Moulay Oumar souligne que des actions ont été entreprises dans plusieurs pays, pour inciter Air France à revenir sur ses intentions. Car, si cela passe, ses concurrents en Afrique seraient obligés de s’aligner sur sa position, et achever d’enterrer ainsi l’activité des voyagistes en Afrique. Il indique que : «Au Sénégal, les agences de voyages ont porté plainte contre Air France, pour avoir diminué la commission qu’elles perçoivent, de 9 à 7%. Elles ont eu gain de cause, en dernier recours. Par cette décision du Conseil d’Etat du Sénégal, Air France est tenue de revenir à un taux de 9% de commission aux agences de voyages, à payer vingt millions de Franc Cfa d’amendes au Trésor public sénégalais et à payer, aux agences de voyages, la différence de 2% de commissions pour toute la période en question.» Les négociations qui avaient été menées jusqu’au 26 novembre, pour porter la rémunération des agences de voyage, de 9 à 5%, ont achoppé au dernier moment, chacune des parties rejetant la responsabilité sur l’autre. Si personne n’arrête Air France, à la fin de ce mois, cette mesure entrera en vigueur, et on verra en ce moment si l’apocalypse prédit par les voyagistes va se réaliser.Sud Quotidien
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