| L'Afrique subsaharienne n'est pas épargnée |
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| 26-10-2008 | |||||||
La crise va-t-elle faire replonger l'Afrique subsaharienne au moment même où elle commence à donner des signes de décollage économique, avec près de 6 % de croissance moyenne annuelle depuis sept ans ? Vitale pour les 800 millions d'habitants du continent noir et l'équilibre du monde, la question taraude les experts, agite la presse et les politiques du Cap à Dakar. Que la réponse ne soit pas à l'évidence affirmative constitue déjà un signe encourageant. Il en est ainsi car les conséquences du séisme financier pèsent de façon contradictoire sur les fragiles économies africaines.A quelque chose malheur est bon : l'Afrique qui ne pèse que pour 3 % dans le commerce mondial et dont les banques sont peu intégrées est peu touchée par les faillites bancaires. " Comme si le sous-développement nous immunisait", sourit un observateur africain. Mais les locomotives du continent, Afrique du Sud en tête, sont les premières visées. A Johannesburg, Lagos ou Nairobi, les Bourses plongent. Pour la majorité des pays africains qui importent du pétrole, la baisse des cours est une excellente nouvelle. La décélération du prix des denrées alimentaires pourrait aussi soulager les tensions sociales consécutives à l'inflation vertigineuse de ces derniers mois. Mais, en relançant les importations, la déflation pourrait dissuader les Etats de poursuivre leurs efforts naissants destinés à relancer les productions locales. " A court terme, c'est un soulagement, estime Jean-Marc Gravellini, directeur Afrique à l'Agence française de développement (AFD). Mais, alors que le riz malien et sénégalais devenait compétitif, alors que les projets hydroélectriques et éoliens trouvaient des investisseurs, la baisse des cours pourrait contribuer à renforcer la dépendance alimentaire et énergétique." Les projets de développement gagés sur les recettes liées aux matières premières et souvent confiées à des entreprises chinoises risquent ainsi d'être compromis ou d'accroître encore la dépendance des Africains à l'égard de leurs partenaires. Pour les pays producteurs de café et de cacao en particulier, la note va être douloureuse. De même pour les exportateurs de pétrole qui ont tablé sur un prix élevé du baril (Angola, Gabon). Le Nigeria, qui a profité de la hausse pour se désendetter et bâti son budget sur un prix plus proche de la réalité, serait assez épargné. DYNAMISME POTENTIEL Evidemment touchée par la crise du crédit, l'Afrique noire pourrait en revanche confirmer son attractivité à l'égard des investisseurs (57 milliards de dollars en 2007, un record), si ces derniers considèrent que le continent n'est finalement guère plus risqué que les pays réputés stables mais en crise. L'émergence d'un marché intérieur dans les villes africaines pourrait doper cette tendance, analyse Luc Rigouzzo, directeur général de Proparco, banque d'investissement de l'AFD. Ce dynamisme potentiel suffira-t-il à compenser les conséquences dramatiques de la crise ? Chacun s'accorde à prévoir que les pays riches, concentrés sur le sauvetage de leurs économies, s'apprêtent à réduire leur aide. Le président sénégalais Abdoulaye Wade a eu beau jeu de comparer les 700 milliards de dollars (555 milliards d'euros) du plan Paulson, aux 13,7 milliards de dollars de l'aide publique au développement versée annuellement à l'Afrique subsaharienne. Déjà, la récession dans les pays riches menace le volume des transferts financiers opérés par les émigrés africains (11 milliards en dollars 2007). Largement financé par ces fonds, le bâtiment en Afrique connaît une crise parallèle à celle du niveau de vie des diasporas. La mauvaise gouvernance et les situations de dépendance compromettent aussi les possibilités d'intervention des Etats. Au risque que la crise fasse plonger les taux de croissance à un niveau ne permettant plus de compenser le dynamisme démographique. Philippe Bernard Le Monde
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