| Peut-on courir plus vite qu'Usain Bolt ? |
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| 20-08-2008 | |||||||
Selon les chercheurs de l’Irmes, l’homme a presque atteint les limites des performances sportives Usain Bolt, l'homme le plus rapide du monde sur 100 et 200 mètres. Ainsi personne ne pourrait courir le 100-mètres en moins de 9’’50. Usain Bolt, médaille d’or à Pékin avec un record mondial à 9’’69, n’en est pas loin...
Un peu de sport-fiction ! Imaginons que le 15 août 2008, après 70 mètres de course, Usain Bolt n’ait pas regardé le paysage. Il n’ouvre pas ses bras, ne décélère pas. Puis, à 10 mètres de l’arrivée, il ne rejette pas ses épaules en arrière, il ne tape pas sur sa poitrine comme sur un tambour, mais poursuit son effort jusqu’à la ligne d’arrivée. Bref, au lieu de célébrer à l’avance sa médaille d’or en randonnant après 70 mètres, Bolt a la patience d’attendre. Rien de bien sorcier ! Alors, au lieu de 9’’69, nouveau record du monde amélioré de 3 centièmes, ce serait 9’’60, voire moins, qu’on aurait vu s’afficher sur le chrono. Rajoutons aussi un peu de vent favorable. 1,70 m/s par exemple, comme lorsque Asafa Powell avait battu, en 2007, le record du monde, en 9’’74. Samedi dernier, le vent était nul ; un vent favorable de 1,70 m/s permet de gagner 6 à 7 centièmes. Le calcul, assez simple, nous mène tout près de la barrière symbolique des 9’’50. Cette limite absolue que l’Irmes (Institut de recherches biomédicales et d’épidémiologie du sport) a justement fixée pour le 100-mètres, dans une récente étude qui analyse plus de 3 000 records du monde établis depuis 1896. Devant le phénomène Bolt, Jean-François Toussaint, le directeur de l’Irmes, a une réponse toute prête : « Bolt sera l’exception qui confirme la règle. Il clôturera peut-être à jamais la courbe du record du 100-mètres .» Car, pour le reste, ses conclusions sont nettes : l’ère des records du monde touche à sa fin, et nous sommes, en 2008, déjà parvenus à 99 % de nos capacités athlétiques. Et l’étude de rappeler que 75 % des épreuves d’athlétisme ont leurs records bloqués sur la même marque depuis plus de dix ans. Dans de nombreuses disciplines-chez les femmes en particulier, où le dopage avait creusé les écarts dans les années 80-, les performances ont même nettement régressé. Comme l’Irmes relie ces chiffres au plafonnement de l’espérance de vie, à notre taille qui ne croît plus, notre amour-propre en prend un coup. Un jour prochain, il va falloir cesser de croire au mythe du surhomme, toujours capable de se surpasser. On entend déjà les incorrigibles optimistes qui brandissent l’argument de la natation. Rien qu’à Pékin, 28 records du monde ont été battus (un record !), 17 chez les hommes-7 pour le seul Michael Phelps-, 11 chez les femmes. Doit-on ces performances aux seuls nageurs ? Le fait est reconnu : la combinaison Speedo a permis d’améliorer les temps de 1 à 2 %. « Je me sens comme une fusée », a déclaré Phelps, qui a du reste reçu un chèque de 1 million de dollars de Speedo pour avoir égalé puis battu Mark Spitz et ses sept breloques d’or. D’autres évoquent le très faible remous du Cube d’eau pékinois. Ajoutons l’entrée de la natation dans une phase nouvelle, où les nageurs décortiquent et optimisent, grâce à des caméras, le moindre de leurs gestes. Mais ce plafond d’ores et déjà atteint, les nageurs pourront-ils franchir un autre palier ? Pas si sûr. Et l’athlétisme ? Usain Bolt est-il l’arbre qui cache la forêt ? L’exception galopante d’une loi où l’on piétine ? Pour la première fois dans l’histoire du sport, le directeur de l’Irmes ose évoquer l’hypothèse que personne ne courra jamais plus vite que le Jamaïquain de 22 ans. Symboliquement, le virage est vertigineux. On toucherait déjà la limite, avec cet homme-flèche qui file comme l’éclair. Quand Asafa Powell a battu son record du monde en 9’’74, il a eu cet aveu : « Mon corps est devenu bizarre, j’avais l’impression que quelqu’un me plantait des coups de couteau partout.» Powell était au point de rupture physiologique, près de la blessure musculaire. A 9’’69, Bolt se baladait. Pourquoi un tel écart ? Il y a d’abord la taille. Il mesure 21 centimètres de plus que Maurice Green, qui a dominé le sprint entre 1999 et 2005. Ses principaux rivaux, Tyson Gay et Asafa Powell, lui rendent 13 et 6 centimètres. Or jamais on n’avait imaginé qu’un coureur aussi grand, 1,96 mètre, pouvait courir aussi vite. Le mérite à une vitesse de pied exceptionnelle : « Il a un pied propulsif, qui n’amortit pas », analyse l’entraîneur Guy Ontanon. Rien ne dit bien sûr qu’un jour un homme encore plus grand n’alliera pas ces qualités de puissance et de souplesse. En attendant, tous les spécialistes s’extasient devant son « pied » et sa reprise d’appui si rapide. Bolt est comme monté sur ressorts, il enchaîne donc plus vite des foulées moyennes de 2,44 mètres, qui, du fait de sa taille, sont aussi plus amples que celles de ses concurrents, qui naviguent autour de 2,25 mètres. Devant un tel gouffre, on pense bien sûr au dopage. Mais, à 14 ans, il courait, sans entraînement, le 400-mètres en 48’’, soit à peine 5 secondes de plus que le record du monde mythique de Michael Johnson. A 16 ans, il est déjà sous la barre des 20 secondes au 200-mètres dont il est le grandissime favori à Pékin (à titre de comparaison, le record de France est de 20’’16). Une précocité inouïe, qui devrait le dédouaner de toute accusation. Il reste à déterminer sa marge de progression. Elle semble énorme. Il n’a découvert le 100-mètres que l’an dernier, après deux ans passés à renforcer sa musculature. A sa cinquième course sur cette distance, il bat le record du monde en 9’’72. On devine les progrès techniques dont il est capable. Son triomphe a d’ores et déjà délivré la photo des Jeux : décontracté, torse relevé, il plane, immense, 3 mètres devant tous ses concurrents qui se jettent à plat ventre, dans un dernier effort désespéré. Dans un avenir proche, Bolt pourrait bien être tout seul sur la photo §
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