Portrait
Barak OBAMA
Elections américaines :La carte raciale | Elections américaines :La carte raciale |
|
|
|
| 02-08-2008 | |||||||
|
Il a de plus en plus souvent l'air du grincheux septuagénaire qu'il est et dont les médecins doivent répéter tous les trois mois que non, il n'est pas atteint d'un cancer de la peau. Tous les modèles économiques qui ont prédit avec exactitude le résultat des élections passées montrent par ailleurs que le candidat démocrate doit cette année l'emporter avec entre 52 et 55% des suffrages. Donc.... Donc rien. Le 31 juillet le sondage quotidien de l'institut Gallup donnait Obama en tête de seulement 1 % (45 contre 44). La moyenne de tous les sondages effectués dans le pays, calculée le même jour par CNN lui donnait 3 points d'avance (48 contre 45), ce qui est dans la marge d'erreur. Le comble est le sondage publié le 29 juillet par le quotidien national USA Today , qui donnait McCain vainqueur si l'élection avait lieu aujourd'hui, avec 49 % des électeurs se disant certains de voter le 4 novembre contre 45 % pour Obama. (Ce dernier l'emportait parmi les inscrits, 47 contre 44). On peut bien sûr hausser les épaules, se dire que les sondages ne sont pas fiables à cent jours du scrutin, et qu'il y a encore un quart des Américains qui s'avouent indécis. Dans l'équipe de campagne d'Obama on a les yeux un peu plus ouverts, et on reconnaît que c'est très loin d'être gagné pour le jeune sénateur métis de Chicago. "Je n'ai jamais pensé que cette élection serait une balade de santé" prévenait encore récemment une conseillère d'Obama. "Ni que McCain fondrait comme un flocon de neige en enfer". Elle n'a aucun doute sur le désir de changement de ses concitoyens, ni sur la supériorité des propositions avancées par les démocrates sur les thèmes dominants de l'heure, l'économie et le social. Mais elle sait que le jeu est compliqué par la réalité tenace qui cache sa sale tête sous les discours lénifiants et optimistes : la race. Candidat "post racial" En dépit des progrès spectaculaires accomplis par les Etats-Unis sur ce sujet, le scrutin du 4 novembre sera un test grandeur nature sur une question dont il n'est pas du tout certain qu'il révèlera que la majorité des Américains, Blancs et Noirs, ont transcendé (comme on dit en politiquement correct) les blessures et préjugés du passé. Un sondage Wall Street Journal / NBC diffusé le mois dernier a révélé que pour 34 % des Africains Américains, la race du candidat serait le critère déterminant de leur choix (ils votent Obama à plus de 80 %) ; il en va de même pour 13 % des Blancs (la majorité de ceux-ci votera McCain). Plus grave : un tiers des électeurs blancs avouent "ne pas faire confiance" à Obama, pour des raisons complexes qui ne tiennent pas toutes à son origine, mais quand même... Cette semaine, la "carte raciale ", comme c'était inévitable a été abattue sur la table de la campagne. Il y a d'abord eu Obama, qui a affirmé que son adversaire allait chercher à "faire peur" aux électeurs en leur faisant remarquer qu'il ne "ressemble pas tout à fait aux autres présidents qu'on voit sur les dollars", qu'il a "un nom bizarre" et qu'il n'est "pas suffisamment patriote". Aussitôt, McCain a accusé Obama de jouer la carte raciale. Il l'avait fait avec succès durant les primaires, où ses partisans n'avaient cessé d'accuser, à tort comme à raison, les Clinton de remarques teintées de racisme. Ces accusations avaient placé Hillary sur la défensive, et, surtout, avaient mobilisé les Africains Américains pour "leur" champion. Tout en se présentant comme candidat "post racial" (et il est de fait tout autant "blanc" que "noir" par son origine comme par sa culture), Barack Obama sait qu'accuser un adversaire de racisme peut-être un bouclier efficace contre les critiques et, surtout, mobilise son électorat (Noirs et blancs anti racistes) dans des États à très forte population noire, comme la Virginie, la Géorgie, la Caroline du nord ou le Missouri. Ils sont traditionnellement acquis aux républicains, mais Obama espère les emporter en novembre grâce au vote massif des Noirs. De son côté McCain n'est pas une oie blanche. Il sait qu'en jouant sur le rejet plus ou moins conscient des Blancs d'un candidat afro-américain, il peut faire basculer vers lui une partie de l'électorat populaire dans de grands États acquis aux démocrates (Pennsylvanie, Michigan) ou toujours très disputés (Ohio), cet électorat qui avait voté Clinton contre Obama dans les primaires démocrates. "Pop star" Ce serait le sens subliminal, selon certains commentateurs, de la publicité télévisée la plus récent qu'il a diffusée contre Obama. On y voit le candidat démocrate adulé par les foules allemandes lors de son récent passage à Berlin, images juxtaposées à celles de la chanteuse Britney Spears et de la scandaleuse héritière Paris Hilton , deux icônes du monde des "people". L'objectif avoué est de semer le doute sur le sérieux de Barack en en faisant une "pop star" aussi idiote et superficielle que Britney et Paris. L'intention plus sombre serait de réveiller de vieux réflexes racistes par la juxtaposition de blondes sexy, célèbres pour se faire prendre en photos sans culotte, et d'un Noir. Tiré par les cheveux ? Pas forcément. En 2006, le parti républicain du Tennessee était parvenu in extremis à empêcher la victoire du démocrate Harold Ford Jr., jeune et brillant politicien métis candidat au Sénat, en diffusant massivement une publicité dans laquelle une blonde sulfureuse sussurait "Harold, appelles-moi !" C'est la politique des coups bas en dessous de la ceinture, mais ceux-ci sont très efficaces. John McCain est payé pour le savoir. Lors des primaires républicaines en 2000, les partisans de Bush avaient fait courir la rumeur d'une liaison adultère de McCain avec une Noire, citant pour preuve sa fille Bridget, une petite Bangladaise qu'il a adoptée. La campagne McCain avait été démolie, et Bush était entré à la Maison-Blanche...
3.23 Copyright (C) 2007 Alain Georgette / Copyright (C) 2006 Frantisek Hliva. All rights reserved." |
|||||||
| < Précédent | Suivant > |
|---|