
La Guinée va bientôt rattraper le temps perdu et rebâtir une nation stable et ouverte sur le monde ». C’est le premier commentaire de Abdou Karim Diallo, juste après avoir appris hier, au petit matin, la disparition, suite à une longue maladie (Leucémie), du président Lansana Conté. Pour ce jeune guinéen, étudiant à l’Université Cheikh Anta Diop de Dakar, avec cette nouvelle donne, tous les guinéens doivent regarder l’avenir avec sérénité et confiance. « Je suis sûr que rien ne sera plus comme avant. La politique catastrophique jusque là menée par le régime de Conté ne sera bientôt qu’un mauvais souvenir », a fait remarquer Karim qui, manifestant un chaleureux optimiste, « reste convaincu » qu’une « nouvelle page va s’ouvrir en Guinée ». Pour lui « le président Conté était un blocage au décollage socio-économique de la Guinée ».
Son compatriote Souleymane Bâ à la même conviction. « La Guinée est riche en or, en bauxite, en fer, en diamant et beaucoup d’autres ressources naturelles mais elle n’a pu se développer, malheureusement, à cause de l’incompétence du président Conté et de son entourage », a expliqué, l’air un peu triste, Souleymane qui ajoute : « Il nous faut une politique rigoureuse, garantissant la paix et la stabilité, préalables aux réformes nécessaires à même d’améliorer les conditions de vie des guinéens et guinéennes ». C’est également à cette nouvelle politique qu’appelle de vive voix Malick Bâ, président de l’Association des élèves, étudiants et stagiaires guinéens au Sénégal.
« Il urge pour Conakry de mettre en place une rigoureuse politique car, les guinéens, malgré la richesse du sol et du sous-sol de leur pays, continuent de vivre dans la misère et la précarité », a laissé entendre M. Bâ.
Transition douce
Mais contrairement à Karim et Souleymane, le président Malick Bâ ne s’enthousiasme pas outre mesure. Pour lui, le changement tant attendu par les guinéens prendra du temps pour se concrétiser. En cause, la catastrophique situation socio-économique du pays de Sékou Touré.
« La situation est tellement dégradée en Guinée que même dix ans de bonne politique ne pourront pas relancer le pays », opine, moins optimiste, Malick qui souhaite, pour l’intérêt général de tous les guinéens, dit-il, une « transition douce ». Mais, ajoute l’étudiant, la confusion tendue consécutive à la mort de Conté, le président « paysan », inquiète et n’inspire pas beaucoup de confiance. Un sentiment que partage Saliou Barry.
A juste raison ! L’immense espoir qu’avait suscité l’avènement de Lansana Conté en avril 1984, rappelle ce jeune guinéen qui tient commerce sur l’avenue Cheikh Anta Diop, s’est transformé en mésaventure pour tous les guinéens. « J’attends de voir la suite des événements pour savoir si la disparition de Conté va avoir un impact sur le devenir des guinéens », argue Barry, prônant lui aussi une « paisible transition ». « On doit éviter que le conflit d’intérêt des prétendants au sommet de l’Etat n’engendre une guerre civile ou des morts », insiste t-il. Alpha Diallo, abonde dans le même sens. « Tous les sénégalais doivent prier pour que la Guinée ne sombre davantage », plaide ce jeune guinéen, portant fièrement son plat de coco sur sa tête.
Le Soleil
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