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Conakry- Le président par intérim, président de la transition guinéenne, le général Sékouba Konaté, a convoqué, samedi, l’ensemble des 24 candidats engagés à la course présidentielle d’hier. Il s’est surtout agi de mettre la classe politique devant ses responsabilités pour que seule la Guinée sorte grandie du scrutin. Dans un « langage de vérité », il a averti les politiques qu’il n’accepterait pas que le pays soit pris en otage au nom d’ambitions personnelles. Dans des menaces à peine voilées, le patron de l’armée rappelle que celle-ci a joué toute sa partition pour la tenue de l’élection présidentielle. « Je n’ai pas cédé à l’ivresse du pouvoir et à ses tentations. Mon devoir patriotique a été de respecter ma parole donnée. C’est à mon tour de vous regarder et de voir où pourrez-vous nous amener. Cet entretien est fondé sur la vérité. A partir de maintenant, c’est à vous de savoir ce que vous voulez ». Comme un avertissement, le général Sékouba Konaté, président par transition, a tenu à se faire très clair vis-à-vis de la classe politique guinéenne, moins de 24 heures avant le scrutin.
La fin de campagne, émaillée de violence et avec des morts d’hommes, a fait craindre le pire. Il était du devoir des autorités de la transition de mettre les hommes politiques face à leurs responsabilités. C’est ainsi que le président intérimaire a choisi d’inviter l’ensemble des 24 candidats au palais présidentiel Sékou Touré. Devant le chef du gouvernement, Jean Marie Doré, la présidente du Conseil national de transition (Cnt), Adja Rabiatou Diallo, le président de la Commission électorale nationale indépendantes (Ceni), Ben Sékou Sylla, de nombreux observateurs internationaux, le général Konaté a fait comprendre aux protagonistes que « l’avenir et la stabilité de la Guinée doivent passer avant la conquête du pouvoir ». Il a aussi laissé entendre que les enjeux de cette première élection véritablement libre, étaient occultés par nombre de Guinéens. Il s’agit « véritablement d’aller à la démocratie », a-t-il concédé.
Il a exhorté les politiques à s’unir pour « le bonheur et la prospérité de la Guinée », indiquant que « plus le fossé sera grand entre les candidats, plus il y aura des risques d’affrontements ».
« Les Guinéens sont appelés demain (hier) aux urnes, il s’agit-là d’un tournant décisif dans notre avenir et dans notre destin national. C’est demain que la Guinée avancera pour toujours ou reculera pour toujours. C’est pourquoi, je voudrais appeler et inviter au calme avant la proclamation par les autorités compétentes des résultats », a encore affirmé le président par intérim de la Guinée, très applaudi.
Devant la presse nationale et internationale, venue en grand nombre, le président Konaté a rappelé aux politiques que l’armée a joué toute sa partition pour l’avènement de la démocratie. Si les Forces armées guinéennes ont toujours été perçues comme le drame guinéen, le président est d’avis qu’elles constituent, aujourd’hui, une chance pour le pays. « Il faut éviter que cette armée, aujourd’hui réconciliée avec elle-même, ne dise que les hommes politiques n’ont pu saisir son offre de démocratie. C’est à vous de décider ce que vous voulez, mais vous n’avez pas le droit de prendre le pays en otage », a prévenu M. Konaté.
L’équilibre né de la transition ne doit pas être rompu
Il a aussi invité les uns et les autres à méditer sur l’exemple de la « transition qui a été une occasion de comprendre qu’une autre Guinée, avec tous ses fils, est possible ». « L’équilibre né de la transition ne doit pas être rompu. Nous avons pu tous, civils et militaires, tous fils de la Guinée de quelques régions ou ethnies, montrer pendant cette transition, la démarche de compromis et de partage du pouvoir », a mis en exergue le général Konaté.
Relevant les nombreuses victimes et les martyrs vers la marche de la démocratie, il a demandé aux Guinéens de tirer toutes les leçons du passé. « Trop de Guinéens ont péri et souffert de l’absence chronique de la démocratie et de l’impunité. Aujourd’hui que nous sommes parvenus à la paix, je n’accepterais pas d’assister à la guerre au nom d’ambitions personnelles », a indiqué celui qui dit avoir assumé sa responsabilité pour aller à l’élection.
Le doyen d’âge des 24 candidats, le Pr Alpha Condé, a parlé en leur nom. Il a d’emblée remercié « ceux qui ont permis le changement ». « Le général Sékouba Konaté a subi toutes sortes de pressions pour que ces élections n’aient pas lieu. Son engagement de militaire a été respecté. Le premier changement est donc la réalisation du vote. La communauté internationale qui nous a accompagnés, mérite également d’être remerciée. Je suis heureux de constater que le peuple de Guinée veut également que cette élection ait lieu. Nous, candidats, faisons confiance en l’organisation et espérons que l’élection sera transparente et les résultats acceptés de tous », a rassuré le porte-parole des candidats.
Le président de la Ceni a souligné que « nous élirons dans la paix et la quiétude le prochain président », faisant allusion au travail de sa structure. Pour Ben Sékou Sylla, il devrait s’agir de « l’expression de la fraternité pour construire notre pays sur la base de nos valeurs culturelles ». Il a aussi rassuré sur l’organisation du scrutin : « nous prendrons toutes les dispositions nécessaires pour que l’élection se déroule sans heurts ». « Les 24 candidats sont tous Guinéens et valables chacun pris individuellement, mais un seul sera choisi. La victoire appartient à ceux qui accepterons la défaite, tendant ainsi une main fraternelle au vainqueur », a indiqué pour sa part la présidente du Cnt. Le chef du gouvernement a rappelé que son équipe « a posé tous les actes possibles pour parvenir à organiser un processus électoral transparent, juste et crédible ». Mais il reste, pour Jean-Marie Doré, beaucoup d’autres actes à poser pour « enraciner et ancrer la démocratie ». A ses pairs politiques, il a lancé : « il appartient à chacun et à tous d’œuvrer pour que notre pays sorte grandi du scrutin. Le gouvernement que je dirige assumera la plénitude de ses fonctions jusqu’à la désignation du futur président de la République à qui nous présenterons immédiatement et automatiquement notre démission ».
Il a rappelé que la transition n’avait pas pour seul but de parvenir aux élections. Entre autres attentes, il a fallu restructurer l’armée, la discipliner, la caserner. Le Premier ministre dira aux militaires « assumez votre devoir de soldat et qu’il incombe aux civils de faire leur devoir ». Le Soleil
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