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Jean Christophe Rufin, écrivain et ex-ambassadeur de France au Sénégal, a présenté, hier son dernier roman Katiba. Le dernier ouvrage du médecin écrivain diplomate est loin d’être une simple transposition de faits réels. C’est un Jean Christophe Rufin décontracté qui s’est présenté mardi devant le public de l’Institut français de Dakar pour présenter son dernier roman Katiba, publié en mai 2010 chez Flammarion. L’ex-ambassadeur de France au Sénégal souligne d’emblée les contours de cette rencontre littéraire. ‘Je ne suis pas là en tant qu’ambassadeur, je suis là en tant qu’écrivain pour présenter mon livre’, lance Rufin en guise d’introduction.
Il hôte sa cravate pour signifier qu’il n’est pas à une réception officielle, mais devant des ‘amis’ et est prêt à répondre aux questions des deux modérateurs, les journalistes Barka Bâ, du journal Kotch et Mamadou Ibra Kane de la Rfm.
Dans son roman, Jean Christophe Rufin relate l’assassinat de quatre touristes occidentaux dans le camp d’entrainement Katiba, dans le Sahara. L’attaque est revendiquée par Al-Qaida au Maghreb islamique, une organisation terroriste implantée dans les anciennes zones d’influence française d’Afrique de l’Ouest. Pour Mamadou Ibra Kane, le récit est proche de l’affaire des quatre touristes français tués en Mauritanie en décembre 2007. L’écrivain-ambassadeur narre-t-il sa rencontre, un soir de Noël 2007, avec le seul survivant de cette famille française accueillie à Dakar ? ‘Il n’y a pas eu de transposition de faits même si beaucoup de choses sont tirées de cette expérience, je n’ai pas raconté les choses telles que je les ai vues, il y a un décalage’, explique Rufin.
La motivation de l’écrivain est pourtant partie de ce contact. Elle s’est concrétisée pendant les longues soirées de négociation avec le groupe de contact sur la Mauritanie en mai et juin 2009. ‘Nous passions des nuits à discuter avec les Mauritaniens et comme ce sont des nomades, ils prenaient leur temps. J’avais l’air sérieux, pendant ce temps j’écrivais mon roman’, se rappelle le diplomate, prenant à témoin l’ancien ministre des Affaires étrangères, Cheikh Tidiane Gadio, présent à la cérémonie de présentation. L’auteur de Katiba affirme qu’il n’aurait pas pu écrire ce livre s’il n’avait pas été en poste au Sénégal.
Le thème général de roman est basé sur l’islamisme radical sévissant dans la zone du Sahara. L’écrivain le replace dans son terroir, d’où il provient. ‘Ce terrorisme au Maghreb est une histoire complexe’, fait savoir Rufin. Selon lui, cet islamisme radical n’est que l’évolution de la guerre civile algérienne qui a eu un nouveau souffle international. Le roman met en perspective toutes ces questions pour donner plus d’informations au lecteur. Jean Christophe Rufin estime que ‘c’est le charme du roman. Il vous prend par la main et vous présente des choses méconnues’. En faisant voyager son lecteur aux Usa, en France, Mauritanie, Niger, Mali, Sénégal, etc., Rufin fait comprendre dans Katiba que la menace terroriste s’est multipliée dans différents parties du monde, de l’Orient au Sahara. L’auteur compare cette situation de terrorisme au Sahara à l’Italie du 15e siècle.
La rencontre de deux cultures apparaît dans le roman à travers le parcours de Jasmine. Cette jeune femme, tiraillée entre les mondes occidental et arabe, est fonctionnaire du Quai d’Orsay. Elle émerge peu à peu comme la pièce maîtresse d’une opération d’envergure inédite. Roman d’espionnage, Katiba plonge le lecteur dans l'univers des service secrets. Rufin soutient qu’il aime restituer la complexité des choses.
Répondant aux questions du public, l'auteur a indiqué qu’il ne prévoit jamais à l’avance ce qu’il va écrire. ‘L’écrivain n’a jamais la maîtrise de ces personnages’, répond-il à un participant qui a déploré la séparation à la fin du roman de Jasmine et Dim, un agent secret expédié en Mauritanie.
Médecin de formation, Jean Christophe Rufin a publié plusieurs ouvrages, notamment des essais : Le Piège humanitaire, La Dictature libérale et son autobiographie Un léopard sur le garrot. Il est Goncourt deux fois avec les romans L’Abyssin en 1997 et Rouge Brésil en 2001. Il entre à l’Académie française en 2008 au siège de Henri Troyat. Humanitaire, il fût le président de Action contre la faim et Médecin sans Frontières. Il quitte le Sénégal après trois ans de service en tant qu’ambassadeur de la France.
walfadjri
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